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La Légende de Venise

 

La Légende de Venise, Barrès et la tentation de l’écriture

 

Mon premier livre, paru en 1996, un an tout juste après ma soutenance de thèse. Le livre paraît aux Presses universitaires de Septentrion, dans la collection « Objet » dirigée par Philippe Bonnefis. Je rejoins dans cette collection des critiques que j’admire – Philippe Bonnefis lui-même, Jean Decottignies, Jean-Luc Steinmetz, Alain Buisine, Daniel Grojnowski.

Ce premier livre est consacré à l’un des plus grands enchanteurs de la langue française depuis Chateaubriand. Barrès ! L’un des plus grands malentendus de la littérature. J’entends encore les commentaires, « Vous travaillez sur Barrès », et les sous-entendus : « Comment peut-on aimer Barrès ? Le nationalisme, l’antidreyfusisme, l’antisémitisme ». Á quoi je réponds que Barrès est le nom d’une tragédie intérieure, éminemment française : un absolu littéraire qui se prend les pieds dans la passion politique. Et cette condescendance insupportable des vivants sur les morts – ce recouvrement d’une œuvre  immense par la bonne conscience et la morale rétrospectives. Oui Barrès était du mauvais côté de l’histoire. Et alors ? Ses livres en sont-ils pour autant frappés d’inanité, faut-il s’excuser de les ouvrir et de les aimer ? Faut-il supposer chez celui qui le fait une quelconque sympathie pour des thèses dont on s’aperçoit d’ailleurs à le lire qu’elles sont plus complexes et nuancées que veulent le croire les inlassables bâtisseurs de manichéisme. Je n’ai que mépris pour ces frilosités et ces ignorances qui se parent du masque indu de la culture. Barrès a écrit des livres admirables dont la portée n’est pas éteinte – la trilogie du Culte du Moi est l’un des chefs-d’œuvre de notre littérature comme les pages d’Amori et dolori sacrum ou de Gréco ou le Secret de Tolède comptent parmi les plus belles jamais écrites. C’est un ouvrage labyrinthique sur lequel se brisent les dents de bien des herméneutes. J’ai aimé lire et relire ces pages d’ironiste virtuose, suivre pas à pas ce jeune homme devenant à trente ans à peine un des esprits les plus influents de son temps. Sa fascination pour Venise nous renseigne sur le lien extrêmement paradoxal qu’il a entretenu avec l’écriture – désirable et mortelle tout à la fois. On peut rêver, nous dit-il, de s’engloutir dans la beauté de Venise mais il faut lutter, aussi, contre ses charmes délétères. Cette mise en garde a-t-elle donc cessé de nous parler ? Je ne le crois pas. Et je remercie mon professeur de Khâgne, Jean Pihin, de ne pas avoir été l’un de ces Trissotin dont le monde de la culture abonde et qui, la main sur le cœur, sont les agents d’autodafés silencieux – je le remercie, par-delà la mort de m’avoir fait découvrir l’enchantement de la phrase barrésienne – c’était, je crois, un extrait d’Un jardin sur l’Oronte. En étudiant le rapport de Barrès à Venise, qui incarna toujours à ses yeux le lieu où il est né à sa vocation d’écrivain, j’ai pu comprendre qu’écrire était une prise de risque telle qu’un homme pouvait faire le choix de lutter contre cette puissance à laquelle il s’est pourtant vouée.

J’écrirai un jour, je l’espère, de nouveau, sur Barrès. Pour montrer toutes les ramifications de ce drame intérieur, sans lequel on ne comprend pas grand-chose au politique que fut par ailleurs Barrès.

Ce premier essai m’a conforté dans l’idée que l’espace littéraire ne devait surtout pas être un espace moral. Que d’autres lois y sont à l’œuvre. J’y ai acquis une affection certaine pour les intempestifs et les désheurés, les Joseph de Maistre ou les Barbey d’Aurevilly et toutes les œuvres précédées d’une mauvaise réputation.

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