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Une grâce obstinée, Musset

 

« Avec une prudence de dandy, Musset se méfie des idéaux majuscules — la Politique, le Savoir, la Philosophie, la Religion, la Littérature, même — parce qu’il sait qu’après 1793 et 1814, l’homme est durablement installé dans un paysage de ruines.

L’amère vérité ne se clame pas, elle se dit « mezza voce », avec une forme consentie de désinvolture. Une grâce obstinée. Car dans le désastre demeure une étincelle, infime, précaire, elle-même travaillée par la désillusion ici régnante : l’amour. Soit presque rien. Sur quoi Musset fait le pari de tout bâtir, sa vie comme son œuvre.

Le presque-rien de Musset a encore beaucoup à nous dire, de cette présence ambiguë, en nous, du vide et de l’absence, de nos façons d’aimer, de ce que nous attendons des livres, de notre rapport aux idéaux qui continuent en nous leur œuvre par-delà leur éviction.

Dans l’enquête que nous avons entreprise depuis 2001 pour les Éditions du Cerf sur les rapports de la littérature et de la spiritualité, l’exercice de lecture que nous permet Musset nous mène vers cette zone de l’esprit, assez envoûtante, où le désenchantement le plus profond croise de façon inattendue une forme instinctive d’espérance » [Quatrième de couverture].

Avec Musset, l’expérience intérieure se fait dans une apparente frivolité. Avec une négligence qui dérange les esprits graves, Musset erre, comme un feu follet, dans un paysage de ruines. En cela il m’a paru d’une incroyable modernité. Dans cette manière de dilapider ses propres dons, de récuser toute posture de souveraineté, il a quelque chose de très français. Il me touche parce qu’il est indifférent au jeu de l’autorité, qu’il désarçonne les dogmatismes en tous genres, qu’il ébranle, par son mélange d’ironie et de sensibilité, les catégories. Il rejoint cet esprit de conversation que j’ai ailleurs étudié comme aiguillon de la création littéraire (Une histoire de la conversation, PUF, 2003).

Du point de vue spirituel, il nous approche d’un espace particulièrement envoûtant : la marque que laisse Dieu dans un esprit gardant en lui la nostalgie d’une foi qui s’est défaite. Le désenchantement y croise de façon inattendue une forme instinctive d’espérance.

Des lecteurs se sont étonnés que l’on puisse prendre encore au sérieux celui que Baudelaire présente comme un « farceur mélancolique ». Mais il est urgent, à une époque qui rit de tout et s’empresse de porter un regard farcesque sur le désastre environnant, de relire cet apôtre du presque rien et d’entendre la leçon de vie qui se cache dans cette politesse du désespoir qu’est sa grâce obstinée.

Je prends pour guide, dans cet essai, la pensée virevoltante de Vladimir Jankélévitch, seule capable de capturer l’écho de l’insaisissable sans l’amoindrir ou le rigidifier.

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